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Les musées lyonnais et leurs partis pris : quatre façons de raconter

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On visite rarement un musée en se demandant ce qu’il a choisi de raconter, et pourtant chaque grand musée lyonnais part d’un parti pris précis, qui oriente tout : le choix des œuvres montrées, la façon dont elles sont présentées, le public auquel elles s’adressent. Comparer ces partis pris permet de mieux comprendre ce qu’on va réellement trouver derrière chaque porte.

Le musée des Beaux-Arts : l’histoire de l’art occidental dans une ancienne abbaye

Installé dans le Palais Saint-Pierre, un ancien monastère bénédictin du centre de Lyon, le musée des Beaux-Arts fait partie des plus importantes collections d’art conservées en France en dehors du Louvre. Son parti pris est celui du parcours chronologique classique : peinture, sculpture, arts graphiques et antiquités s’y succèdent sur plusieurs siècles, de l’Égypte ancienne à l’art moderne, dans une logique proche de celle des grands musées encyclopédiques européens.

Ce qui frappe dans ce musée, c’est justement le contraste entre le lieu, un cloître et des bâtiments religieux du XVIIe siècle, et son contenu, une collection résolument tournée vers l’histoire de l’art dans toute sa diversité. Le jardin intérieur, aménagé dans l’ancien cloître, reste l’un des espaces les plus caractéristiques de cette double identité entre patrimoine architectural et collection artistique.

Ce parti pris chronologique a une conséquence directe sur la manière de visiter le lieu : il invite à un parcours linéaire, où chaque salle prolonge la précédente dans le temps, une logique de continuité qui permet de mesurer d’un seul regard l’évolution des styles et des techniques picturales sur plusieurs siècles.

Le musée des Confluences : les sciences et les sociétés humaines

À l’opposé géographique et architectural, à la pointe où se rejoignent le Rhône et la Saône, le musée des Confluences occupe un bâtiment contemporain à la structure de verre et d’acier, achevé au début des années 2010. Contrairement au musée des Beaux-Arts, son parti pris n’est pas celui de l’histoire de l’art, mais celui des sciences naturelles, de l’anthropologie et de l’histoire des sociétés humaines, présentées non pas séparément mais en dialogue les unes avec les autres.

Le musée pose ainsi des questions transversales — l’origine du vivant, les grandes questions que se posent les sociétés humaines à travers le temps et l’espace — plutôt que de dérouler une histoire chronologique unique. Son architecture elle-même, pensée comme un cristal posé au bord de l’eau, reflète cette ambition de croiser des disciplines qui restent, ailleurs, le plus souvent cloisonnées.

Le musée Gadagne : l’histoire de Lyon et les marionnettes du monde

Dans un hôtel particulier Renaissance du Vieux Lyon, quartier inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998, le musée Gadagne réunit en réalité deux musées sous un même toit : un musée d’histoire de la ville de Lyon, qui retrace l’évolution urbaine, sociale et économique de la cité depuis ses origines, et un musée des marionnettes du monde, qui prolonge l’histoire locale de Guignol vers les traditions de marionnettes d’autres cultures.

Le parti pris de Gadagne est donc double : ancrer le visiteur dans l’histoire très concrète de sa ville — l’essor de la soierie, l’urbanisme des traboules, les grandes évolutions du Vieux Lyon — tout en l’ouvrant, par le biais de la marionnette, à des formes artistiques venues d’ailleurs. Peu de musées assument aussi frontalement de mêler patrimoine local et regard sur le monde dans un même parcours.

Le musée des Tissus : la mémoire industrielle de la soie

Le musée des Tissus et des Arts décoratifs conserve l’une des plus riches collections textiles au monde, directement héritée de la place de Lyon comme capitale historique de la soierie. Son parti pris est résolument matériel et technique : comprendre comment un fil devient un tissu, comment une trame se construit, comment les techniques de tissage ont évolué au fil des siècles, tout en présentant des pièces exceptionnelles venues de multiples civilisations et époques, pas seulement lyonnaises.

Ce musée raconte ainsi une histoire économique autant qu’esthétique : celle d’un savoir-faire qui a façonné l’identité même de la ville, des ateliers de canuts des pentes de la Croix-Rousse jusqu’aux commandes des cours royales européennes qui s’approvisionnaient en soieries lyonnaises.

Ce parti pris technique se traduit aussi par la présence, dans le parcours, de métiers à tisser et d’outils qui permettent de comprendre concrètement les gestes et le savoir-faire à l’origine des étoffes exposées, plutôt que de seules pièces figées derrière une vitrine.

Quatre récits, une même ville

Ce qui rend ces quatre musées complémentaires plutôt que redondants, c’est justement la diversité de leurs partis pris : l’un raconte l’art occidental dans sa continuité historique, l’autre les sciences et les sociétés humaines dans leur diversité, le troisième l’histoire propre de Lyon croisée avec un art populaire mondial, le dernier une industrie qui a façonné l’économie et l’identité de toute une région.

Aucun de ces récits ne cherche à être exhaustif à lui seul. C’est en circulant de l’un à l’autre que se dessine une image plus complète de ce que Lyon a été et de ce qu’elle continue de raconter d’elle-même, à travers des choix de conservation et de présentation qui ne doivent jamais rien au hasard.

Le statut de site inscrit au patrimoine mondial du Vieux Lyon est documenté par l’UNESCO, tandis que la ville de Lyon présente l’ensemble de ses institutions muséales sur son site institutionnel. Pour poursuivre la découverte du patrimoine culturel lyonnais, notre rubrique Culture lyonnaise revient régulièrement sur ces lieux et leur histoire.


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