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La Fête des Lumières à Lyon : d’où vient vraiment la tradition

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Avant d’être connue pour ses jeux de lumière sur les façades, la tradition lyonnaise du 8 décembre est née d’un contretemps : une statue qui devait être inaugurée en septembre, un orage qui menace de tout gâcher, et des habitants qui, spontanément, allument des bougies à leurs fenêtres. Cette origine mérite d’être racontée sans raccourci, tant elle diffère de l’image qu’on s’en fait aujourd’hui.

Une statue destinée à Fourvière

Au milieu du XIXe siècle, la ville de Lyon fait ériger sur la colline de Fourvière une statue dorée de la Vierge Marie, destinée à couronner le clocher de la chapelle qui existait alors à cet emplacement, avant la construction de la basilique actuelle. La statue est réalisée par le sculpteur lyonnais Joseph-Hugues Fabisch. Son inauguration officielle est initialement prévue le 8 septembre 1852, date religieuse marquant la Nativité de la Vierge.

Mais l’automne 1852 est marqué par des crues importantes de la Saône, qui retardent les travaux et le transport des éléments nécessaires à l’installation de la statue sur son socle. La cérémonie est reportée de plusieurs semaines, jusqu’au 8 décembre, date choisie car elle correspond à une autre fête mariale du calendrier catholique, celle de l’Immaculée Conception.

Il faut se souvenir qu’à cette époque, la basilique de Fourvière telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec ses tours caractéristiques visibles depuis une grande partie de la ville, n’existe pas encore : sa construction, décidée après le siège de Lyon de 1870-1871, ne commencera qu’à partir de 1872. En 1852, seule la chapelle plus ancienne se dresse sur la colline, et c’est sur son clocher que la statue de Fabisch doit être hissée.

Un orage, puis des bougies aux fenêtres

Le programme prévu pour le 8 décembre 1852 comprend un feu d’artifice et une illumination de la colline de Fourvière. Or, dans la journée, un orage éclate sur Lyon, menaçant de faire annuler purement et simplement les festivités prévues pour le soir. Selon le récit traditionnel de cet épisode, l’orage cesse brutalement en fin de journée, et le feu d’artifice, initialement annulé, est finalement maintenu.

C’est à ce moment que se produit le geste fondateur de la tradition : de nombreux Lyonnais, pour participer à leur manière à la fête et illuminer la ville malgré l’annonce tardive, disposent des petites bougies — les fameux lumignons — sur le rebord de leurs fenêtres. Ce geste, spontané et non organisé par les autorités municipales, se répète ensuite chaque année à la même date, par attachement à cette soirée particulière plus que par obligation religieuse.

Ce qui distingue ce geste des grandes illuminations que l’on connaît par ailleurs, c’est son caractère profondément décentralisé : il n’existe aucun metteur en scène de la lumière ce soir-là, aucune scénographie pensée d’avance. Chaque fenêtre allumée est une décision individuelle, prise dans chaque foyer, sans coordination entre voisins ni consigne officielle. C’est cette multiplication de petits gestes identiques, répétés indépendamment par des milliers d’habitants, qui donne à la ville son aspect si particulier ce soir-là — une clarté diffuse, venue de partout à la fois plutôt que d’un point central.

La ville de Lyon situe l’origine de cette tradition populaire dans l’inauguration retardée, le 8 décembre 1852, de la statue de la Vierge sur la colline de Fourvière.

D’une tradition de quartier à un usage partagé par toute la ville

Pendant plusieurs décennies, cette coutume des bougies aux fenêtres reste une pratique essentiellement domestique et religieuse, propre aux Lyonnais eux-mêmes, sans dimension touristique ni scénographie particulière. Elle traverse les XIXe et XXe siècles comme un rituel discret, entretenu de génération en génération, où chaque foyer allume ses lumignons à sa fenêtre le soir du 8 décembre.

C’est seulement à partir des années 1980 et 1990 que la municipalité commence à accompagner cette tradition populaire d’illuminations et de mises en lumière de bâtiments et de monuments dans différents quartiers de la ville, transformant progressivement une pratique de fenêtre en fenêtre en un événement à l’échelle de la ville entière. Le nom de « Fête des Lumières » s’impose alors pour désigner cet ensemble, tout en conservant, encore aujourd’hui, le geste originel des bougies aux fenêtres des particuliers.

Une fête qui reste, à sa base, un geste individuel

Ce qui distingue la Fête des Lumières d’autres grands rendez-vous urbains, c’est justement cette origine : elle ne vient pas d’une décision institutionnelle mais d’un geste privé, répété par des milliers d’habitants indépendamment les uns des autres, un soir d’orage de 1852. Les mises en lumière de façades qui se sont ajoutées depuis ne remplacent pas ce geste fondateur, elles s’y superposent.

C’est aussi ce qui explique l’attachement particulier des Lyonnais à cette date, bien au-delà de son aspect visuel : le 8 décembre reste, dans son principe, une soirée où l’on éclaire sa propre fenêtre plutôt qu’un spectacle que l’on regarde depuis la rue. Cette dimension domestique explique aussi pourquoi tant de familles lyonnaises transmettent encore ce geste de génération en génération, comme un rituel de saison propre à la ville, indépendant de toute organisation extérieure. Comprendre cette origine permet de mieux saisir pourquoi la tradition a survécu à près de deux siècles de transformations urbaines, industrielles et religieuses de la ville, sans jamais perdre son geste de départ.

La ville de Lyon retrace cette histoire sur son site institutionnel, qui documente l’origine mariale et populaire de la tradition. Pour comprendre comment ce type de patrimoine immatériel s’inscrit dans l’histoire plus large de la ville, notre rubrique Culture lyonnaise propose d’autres récits fondateurs de l’identité lyonnaise.


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